26 novembre 2008
Episode II : C'est moi qui ai dit ça ?
Après avoir admis l'indispensable égyptianisation par défaut comme moyen de survie du quotidien, nous pourrions nous arrêter là. Après tout, arrondir un peu nos principes devrait déjà nous permettre d'évoluer plus facilement dans l'environnement cairote. Et bien que nenni ! Sans même y prendre garde, voilà qu'un jour on se rend compte que l'égyptianisation positive nous a gagné également...
Qu'est-ce que l'égyptianisation positive ? Disons que, contrairement à celle par défaut avec laquelle nous adaptons ce que nous connaissons déjà, ici il s'agirait plutôt d'adopter des comportements qui nous étaient jusque là inconnus...
Petite illustration ou un dialogue improbable issue d'une égyptianisation positive
Après avoir reçu un papier de la poste écrit en arabe disant de venir chercher le colis que j'attendais depuis longtemps:
- On demandera au bawab s'il peut aller le chercher.
- Ouais...
- Mais ?... Tu crois qu'il sait lire ?
- Euh ?.. Oui je crois... J'ai l'impression en tout cas, ou sinon, j'essaierai de me débrouiller pour trouver la bonne poste.
Sorti de son contexte, ce dialogue parait irréel ! Mais j'ai effectivement prononcé ces mots tellement naturellement que j'ai été prise de surprise. Parce que c'est 'normal' ici et donc, ça en devient donc presque "normal" pour nous.
Phrase 1 ou comment automatiquement penser que le bawab peut s'en charger à votre place.
Quand je suis arrivée en Egypte, le concept du concierge qui se charge de tous vos menus travaux me dépassait complètement. D'ailleurs, mon premier bawab ne sait jamais complètement remis de me voir habillée en guenilles aux milieux de mes éponges à frotter le nouvel appart, ou encore à jongler avec les pinceaux pour refaire les peintures. 'Tu es sûre que tu veux pas que je le fasse ? Je peux dire à ma femme qu'elle vienne frotter si tu veux ?' euh... Non merci, vraiment... Différence culturelle majeure: 1/ Je n'avais rien d'autre à faire à cette époque et ça occupait bien mes journées. 2/ Les Egyptiens, on dirait qu'ils comprennent pas qu'on puisse réellement prendre plaisir à faire des travaux nous-même...
Mais les mois passent.... entre temps j'ai eu le temps d'observer et d'expérimenter la vie quotidienne. Et puis, tout le monde a bien pris soin de m'expliquer comment fonctionne le pays. Finalement, on vit dans une société de services, poussé à l'extême !Aaaahhh ! S'ils savaient que "chez nous" on tient notre maison tout seul, on fait les courses, la cuisine, le ménage, le repassage, etc... On a pas de chauffeur, pas de cuisinière, et pas forcément une femme de ménage, pas de Boy dont le travail est simplement de nous servir et qui prend en charge tous les trucs chiants du quotidien, si bien que finalement la vie parait plus simple. Non non, y'a pas ça chez nous autres les 'étrangers'.
Alors quand on arrive au Caire, il faudrait que tout d'un coup, hop, on s'y fasse parce que refuser de rentrer dans le système, ça peut les vexer... ça peut donner l'impression qu'ils font pas bien leur travail... Et puis, surtout, soyons honnête, c'est un complément de salaire qui s'envole et ils survivent aussi grâce à ça et 'grâce à nous'. Pour nous c'est donc pas forcément un problème d'argent (parce qu'ici, c'est vrai, on a plus les moyens qu'en France), c'est surtout qu'on ne connaît pas et ça prend du temps pour s'habituer : Je dois donner combien ? C'est tout ? Mais c'est que dalle, on peut pas donner plus ? Ah non ? Après ils abusent ? RRRRrrrrrrhhhh c'est compliqué !!
Mais pour qu'on s'habitue plus vite, ils savent y faire ! Quand tous les jours on vous demande "Besoin de quelque chose ?" et qu'on répond "Non... merci...", on finit par culpabiliser : Oui Oui, on finit par se dire "Faut trouver quelque chose !". Dans le quartier, ils ont finit par comprendre que je suis une bonne cliente locale alors ils insistent plus pour les livraisons de toute sorte. Mais, il faut trouver autre chose... Et là, par exemple, je suis toute contente quand on a plus de gaz ! Voilà une chose que je peux pas faire ! Et bien pour le colis, c'est le même principe : je pourrai partir en croisade "Allons à la poste pour récupérer le colis", ça pourrait être une expérience folle et en langage des signes, ça pourrait être GENIAL !! Mais ma première réaction a été: on demandera au bawab s'il peut aller le chercher. Egyptianisation positive...
Phrase 3 ou comment complètement intégrer qu'une partie de la population égyptienne est analphabète.
Alors ça ! Faut dire que c'est encore moins facile à intégrer... Et après une expérience malheureuse où j'ai supposé naïvement que la personne en face de moi saurait déchiffrer le mot écrit en arabe sur mon dico, j'ai vite compris qu'ici, savoir lire et écrire, c'est pas une évidence... Alors se poser cette question, c'est pas si irréel que ça. Egyptianisation positive malheureuse...
Dans nos prochains épisodes: le bakshish, les tics de langage, et comment tout le quartier connaît ma vie sans que j'en parle à personne. A suivre !
24 novembre 2008
Epidode I : Comment ça je m'égyptianise ?
Qui n'a pas déjà prononcé ou entendu une petite phrase du style : "Oula, mais tu t'égyptianises !" Je sais pas pour vous, mais moi je sais pas trop comment la prendre cette phrase...
L'égyptianisation, c'est le fait de donner à tous les secteurs de la vie culturelle, économique et sociale le caractère, l'identité propre de l'Égypte. En gros, c'est devenir un peu égyptien(ne) et adopter leur manière de vivre et leurs petites caractéristiques bien à eux... Non, soyons honnête ! S'égyptianiser, c'est devenir Egyptien ! Ca marche avec d'autres pays, mais quand c'est égyptien, ça sonne un peu comme une critique vous voyez...
Alors question : Est-ce qu'il y a une bonne et une mauvaise égyptianisation ??
Tout dépend des caractéristiques qu'on adopte après tout ! Si on vous dit que vous vous égyptianisez quand vous trainez des pieds: c'est une critique. Si vous êtiez la personnification du stress absolu, et qu'on vous dit "ça va, tu t'égyptianises", et bien, c'est plus positif, ça veut dire que vous êtes devenu plus cool sur certaines choses... et c'est pas mal non ?
EPISODE 1 : L'égyptianisation par défaut...
Parce que pour vivre en Egypte, il FAUT s'égyptianiser un peu. Minimum syndical. Alors, il y a l'égyptianisation par défaut, c'est-à-dire laisser de côté certains de nos comportements européens... en tout cas, ceux qui ne peuvent pas s'accorder avec le pays. Genre : hyper extra maniaque à la limite du TOC qui ne supporte pas un grain de poussière : s'abstenir ! Hyper mega accroc aux règles et aux respect des règles quelles qu'elles soient et qui serait prêt à faire un scandale ou la morale à chaque entorse : s'abstenir encore plus ! Cette égyptianisation là, elle est vraiment nécessaire, que dis-je, indispensable ! Il faut lâcher du mou... Et ça se manifeste par des maalesh (pas grave) du quotidien.
Ce qui n'était pas maalesh ailleurs, devient maalesh ici.
Savoir mettre de côté certains principes... Exemple : Quand vous allez au marché, si vous attendez patiemment que votre tour vienne pour mettre vos légumes sur la balance, prévoyez votre matinée. Il y a toujours un espoir que le marchand aie pitié de la petite Khawaga (l'étrangère, la touriste), mais s'il doit gérer une dizaine d'Egyptiennes qui se bousculent autour de lui, en négociant le prix au dessus de ses poids en plomb, il ne pourra pas vous aider. Dans ce cas précis, l'égyptianisation par défaut c'est donc d'oublier le concept de faire la queue, chacun son tour, et jouer des coudes pour être servi !
Mais attention ! Laisser de côté certains principes ne veut pas dire cautionner et adopter ceux qu'on découvre ! Il y a une petite nuance qui vient en pratiquant...
Savoir défendre ses principes quand même... Dans le même esprit que l'exemple précédent... L'autre jour, dans une épicerie du quartier, j'étais penchée sur un congelateur, quand soudain une Mme Egyptienne m'a complètement giclée de ma place d'un coup de fesse/épaule pour faire ce qu'elle avait à faire, c'est-à-dire la même chose que moi sauf que j'étais là avant et que ce jour là, j'étais vraiment pas d'humeur... J'ai eu envie de lui crier : "Eh OH ! Mon père est vitrier ou quoi ?? Je suis transparente !". Mais comme je parle arabe aussi bien que polonais, j'ai fait comme j'ai pu...
C'était de l'ordre "duel poid plume débutant VS poid lourd en galabeya" : Volte face "Eh Oh !! Ana ena (je suis là)" (oui j'ai un vocabulaire limité...), coup d'épaule, reprise de place initiale, poursuite des achats. Non mais ! Evidemment La Mme s'est mise à me hurler dessus criant certainement au scandale devant tant d'impolitesse : Ici on est face à une différence culturelle majeure car nous ne plaçons pas la politesse au même niveau.... A l'origine de la rixe, je défendais MES principes de savoir-vivre (chacun son tour, respect des autres), mais ma réaction (pourtant identique à la sienne) est parue impolie... hum... Considérant qu'une autre dame a pris ma défense ouvertement, je me dit que l'Egyptianisation par défaut est maitrisée
La liste serait longue n'est-ce pas ? garder ses papiers dans le sac et les jeter quand il y a une poubelle (c'est-à-dire chez soi..), continuer à dire Bonjour, S'il vous plait, Merci, Au revoir...
S'adapter au pays ne veut pas dire en adopter tous les comportements.
Mais pas facile de s'égyptianiser ce qu'il faut mais pas trop !
La suite dans l'épisode 2 : l'égyptianisation positive, où comment se surprendre à adopter des comportements qui nous étaient inconnus auparavant. (Bokra Insh'allah)
